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Fiscalité du prop trading en France : comment déclarer ses gains

France

Comment sont imposés les revenus d'un trader financé en France : qualification en BNC, micro-BNC, prélèvements sociaux et questions à poser à un professionnel.

Camille Berthier 4 min de lecture

Les gains issus d’un compte financé par une prop firm sont imposables en France dès le premier payout. Ils ne relèvent pas du régime des plus-values boursières et de son prélèvement forfaitaire de 30 %, contrairement à une idée très répandue : le trader financé ne cède aucun actif qu’il détiendrait. Il perçoit la contrepartie d’une prestation, calculée sur une performance mesurée par la société qui le rémunère. Dans la majorité des situations, ces sommes s’analysent comme des bénéfices non commerciaux.

Cet article expose le cadre général et les questions à poser. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel : la qualification exacte dépend du contrat signé, de la régularité de l’activité et de votre situation personnelle, et une erreur de régime se paie en redressement.

Pourquoi ce n’est pas une plus-value boursière

La distinction tient à ce que vous possédez.

Quand vous achetez une action ou une paire de devises sur votre propre compte, vous détenez un actif. Sa revente dégage une plus-value, imposée comme telle. Le prélèvement forfaitaire unique s’applique à cette catégorie de revenus.

Sur un compte de prop firm, rien de tout cela n’existe. Le capital n’est pas le vôtre, les positions ne sont pas ouvertes en votre nom, et dans la quasi-totalité des cas le compte est simulé. Ce que vous percevez n’est pas le produit d’une cession mais une part contractuelle de profits, versée par une société en exécution d’un contrat de prestation.

Cette différence n’est pas une subtilité de vocabulaire : elle change la catégorie d’imposition, le taux applicable, les obligations déclaratives et le traitement des charges.

La qualification en bénéfices non commerciaux

Les BNC couvrent les revenus tirés d’une activité indépendante qui ne relève ni du commerce, ni de l’artisanat, ni de l’agriculture. Une activité de trader financé, exercée sans lien de subordination et rémunérée à la performance, s’y rattache généralement.

Deux régimes coexistent au sein de cette catégorie.

Le micro-BNC s’applique tant que les recettes annuelles restent sous un seuil défini par la loi de finances. Un abattement forfaitaire représentatif de frais est appliqué automatiquement, et vous êtes imposé sur le solde. Aucune charge réelle ne se déduit : ni les frais de challenge, ni les resets, ni votre abonnement à une plateforme de graphiques.

La déclaration contrôlée devient obligatoire au-delà du seuil, et reste accessible sur option en dessous. Elle permet de déduire les charges réellement engagées, mais impose une comptabilité en bonne et due forme.

L’arbitrage entre les deux mérite un calcul, particulièrement si vous avez multiplié les tentatives : un trader ayant payé plusieurs milliers d’euros de challenges et de resets avant son premier payout peut avoir intérêt au régime réel, là où l’abattement forfaitaire lui serait défavorable.

Prélèvements sociaux et cotisations

Aux impôts s’ajoutent des prélèvements sociaux, dont l’assiette et le taux dépendent du régime retenu et de votre statut.

Une activité exercée de façon habituelle et dans un but lucratif est susceptible d’être regardée comme professionnelle, ce qui entraîne une affiliation au régime des travailleurs indépendants et le paiement de cotisations sociales. Une activité occasionnelle relève d’un traitement différent.

La frontière entre les deux n’est pas définie par un seuil unique mais par un faisceau d’indices : régularité, volume, part dans vos revenus totaux, moyens mis en œuvre. C’est précisément le genre de question qui justifie un rendez-vous professionnel plutôt qu’une lecture d’article.

Le statut d’auto-entrepreneur

Le régime du micro-entrepreneur est souvent évoqué dans les communautés de traders. Il présente une simplicité administrative réelle et un versement libératoire possible.

Deux points appellent cependant à la vigilance. D’abord la nature exacte de l’activité déclarée : elle doit correspondre à ce que vous faites réellement, et le prop trading ne rentre pas naturellement dans les nomenclatures existantes. Ensuite l’articulation avec vos autres revenus, qui peut réserver des surprises sur le calcul global.

Là encore, la réponse dépend de votre situation. Un salarié qui perçoit quelques payouts par an et un trader qui en vit ne sont pas dans le même cas.

Les obligations liées à l’étranger

La quasi-totalité des prop firms sont établies hors de France : République tchèque, Émirats arabes unis, Royaume-Uni, États-Unis, Sainte-Lucie.

Cela ne change rien à votre imposition. Un résident fiscal français est imposable en France sur l’ensemble de ses revenus, quelle que soit leur origine géographique.

En revanche, cela peut créer des obligations déclaratives supplémentaires. La détention d’un compte ouvert à l’étranger fait l’objet d’une déclaration spécifique, et le fait de percevoir des sommes en crypto-actifs — mode de paiement fréquent dans le secteur — ajoute ses propres règles.

Ce qu’il faut conserver

Quel que soit le régime retenu, constituez dès le premier euro un dossier qui contienne : les justificatifs d’achat de chaque challenge et de chaque reset, les relevés de payouts avec leurs dates et leurs montants, le contrat de trader signé avec la firm, et les relevés du compte bancaire ou du portefeuille ayant reçu les fonds.

Ces pièces servent à deux choses : établir votre déclaration, et la justifier en cas de contrôle. Un trader qui a payé quatorze challenges avant d’en valider un doit pouvoir le démontrer.

La question à poser à votre conseil

Si vous ne deviez retenir qu’une formulation pour votre rendez-vous, prenez celle-ci : « Je perçois d’une société étrangère une part contractuelle de profits calculée sur la performance d’un compte simulé dont je ne suis pas propriétaire, sans lien de subordination. Quelle catégorie de revenus, quel régime, et quelles obligations déclaratives ? »

Elle décrit la réalité économique de l’opération, qui est ce sur quoi l’administration raisonne — et elle évite le malentendu le plus courant, celui du trader qui parle de « gains de trading » et s’entend répondre sur les plus-values mobilières.

Questions fréquentes

Les gains de prop firm sont-ils des plus-values boursières ?
Non, et c'est l'erreur la plus fréquente. Le prélèvement forfaitaire unique de 30 % s'applique aux plus-values de cession de valeurs mobilières, c'est-à-dire à la revente d'un actif que vous détenez. Un trader financé ne détient aucun actif : il perçoit une rémunération contractuelle calculée sur une performance mesurée par la firm. La nature du revenu est donc différente, et le régime fiscal aussi.
Faut-il créer une société pour faire du prop trading ?
Pas nécessairement, et rarement au démarrage. Le régime micro-BNC couvre l'essentiel des situations tant que les recettes annuelles restent sous le seuil applicable. La question d'une structure se pose surtout au-delà, ou lorsque des charges réelles significatives apparaissent. C'est une décision à prendre avec un professionnel, pas sur la base d'un article.
Que déclarer si la firm est établie hors de France ?
Un résident fiscal français est imposable en France sur ses revenus mondiaux, quelle que soit la localisation de la société qui le paie. Le fait qu'une prop firm soit immatriculée à Dubaï, en République tchèque ou à Sainte-Lucie ne change ni l'obligation déclarative, ni le régime applicable. Les comptes détenus à l'étranger font par ailleurs l'objet d'une obligation déclarative propre.
Les frais de challenge sont-ils déductibles ?
Sous un régime réel, les dépenses engagées dans l'intérêt de l'activité sont en principe déductibles, ce qui inclurait les frais d'évaluation et les resets. Sous le régime micro, aucune charge réelle ne se déduit : un abattement forfaitaire s'applique à la place. C'est l'un des arbitrages à examiner avec un conseil, surtout si vous multipliez les tentatives.
À partir de quand faut-il déclarer ?
Dès le premier payout perçu. Le seuil de déclaration ne dépend pas d'un montant plancher : ce qui compte est l'existence du revenu. Un premier retrait de quelques centaines d'euros entre dans le champ déclaratif au même titre qu'un revenu régulier.

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